CREPHINAT
– Université
Michel de Montaigne Bordeaux 3
Organisé avec
le concours de l’Ecole Doctorale SHS de l’Université de Picardie Jules Verne
Coordination :
Jean-Philippe Narboux
Le recours
au concept d’intentionnalité va probablement de pair avec le postulat selon
lequel la perception et l’action sont justiciables d’un seul et même modèle,
lequel emprunte dès lors à la perception l’idée d’un contact avec la chose même
(l’idée de présence), et à l’action
l’idée d’une tension vers un but (l’idée de visée).
L’idée d’un être-dirigé-sur, avec lequel rime l’idée d’intentionnalité,
rassemble en elle ces deux caractères. Car l’intentionnalité rend encore
présent ce qu’elle ne fait que viser, et ne met jamais en présence que de ce
qu’elle a visé. Il s’agit au fond, en recourant à un tel concept, de faire
valoir que la pensée tout à la fois anticipe toujours sur les choses et, pour
autant, ne s’arrête nullement en deçà de celles-ci. Or, il ne va pas de soi que
ce que le concept d’intentionnalité entend ainsi concilier puisse l’être. Il
s’agira, pendant ces deux journées, de poser à nouveaux frais la question de la
tension constitutive du concept d’intentionnalité, d’emblée tiraillé entre
perception et intention, partant, entre nature et norme. La présence
exceptionnelle de John McDowell lors de ces journées sera l’occasion de revenir
sur la percée majeure qu’il a frayée sur ces questions au cours des dernières
décennies, dans une oeuvre en passe de devenir classique, notamment grâce au
recours au concept de « seconde nature » (dans Mind and World,
1994), par lequel John McDowell entend marquer que notre expérience tout à la
fois nous met en contact avec la nature elle-même et s’inscrit dans ce qu’il
appelle « l’espace des raisons ».
John McDowell
THE CONTENT OF INTENTIONS IN ACTION
Abstract: I shall criticize
Brandom's adaptation of Sellars on volitions, according to which intentions in
action are expressed by statements on the pattern of "I shall raise my arm
now"; and Davidson's account of intentions, according to which intentions,
including intentions in action, are expressed by statements to the effect that
acting in some specified way is all-out desirable, or all-out preferable to
some specified alternative. I shall
propose a different view, which I think fits with a better picture of the
relation between intention and action.
Layla Raïd
L’INTENTION ET SON EXPRESSION
Résumé: On connaît ses
intentions sans les observer, caractéristique conceptuelle qui éclaire le genre
d'autorité sur les intentions propres qu'on prête souvent à la première personne.
Wittgenstein éclaire au §647 des Recherches
philosophiques cette immédiateté par
une comparaison avec l'animal. À la question de ce qu'est l'«expression
naturelle de l'intention», les Recherches renvoient à l'examen d'un chat
s'approchant furtivement d'un oiseau, ou encore d'un animal qui veut fuir, cas
qu'on rapprochera, pour comprendre leur immédiateté particulière, propose
Wittgenstein, des phrases relatives aux sensations. Anscombe rejettera par
contre comme fautive l'idée même que l'intention puisse avoir une expression
naturelle, tout en développant pourtant le thème d'une connaissance sans
médiation observationnelle. Il s'agira d'instruire cette opposition frontale
dans ses implications quant à plusieurs questions fondamentales sur l'intention:
qu'est-ce qu'exprimer une intention? Quelle est la relation entre action
intentionnelle et intention? De quelle position épistémique jouit-on à l'égard
de ses intentions propres? Enfin, et généralement, quel lien entre «sentience»
et «sapience» se dessinent ici à cet égard chez Wittgenstein et Anscombe?
Sebastian Roedl
THE TEMPORALITY OF ACTS OF THE WILL AND OF
ACTS OF THE INTELLECT
Abstract: In "Naive Action Theory",
Michael Thompson argues that an intention to do something is categorially
misconceived when it is said to be a mental state. An intention bears a
different form of temporality from a state: its temporality is that of a
movement in progress. I shall present his argument and extend it from acts of
the will to acts of the intellect. Just as intention, so is belief categorially
misrepresented when it is taken to be a state. Its manner of being in time is
neither that of a state, nor that of a movement. I shall introduce the concept
of a temporally unlimited act in order to articulate the peculiar temporality
of belief. I shall end with speculating on how the temporality of belief may
give rise to the idea that the subject of thought is immaterial.
Jean-Philippe Narboux
INTENTIONALITE, NEGATION ET INERTIE
Résumé : On reviendra sur la théorie de
l’intentionalité du premier Sartre afin d’essayer de montrer qu’une théorie de
l’intentionalité qui rende compte de manière radicalement anti-psychologiste du
caractère déterminé de
l’être-dirigé-sur passe nécessairement par une théorie de la négation, au sens
d’une théorie de l’espace logique où prend place toute intentionalité. Il
s’avère alors que l’intentionalité n’est inintelligible qu’en tant qu’elle est
d’emblée le moment d’une praxis. Or,
il n’est pas de praxis qui ne
comporte comme son envers même, un moment d’inertie. Dès lors, selon une
intuition fondamentale du second Sartre, il est inévitable que l’intentionalité
ne soit déformée par le milieu inerte dans lequel elle se coule.
Jocelyn Benoist
Résumé: Dans le prolongement de récentes réflexions
de Jean-Philippe Narboux sur les théories respectives de l'indexicalité
d'Edmund Husserl et John McDowell, Jocelyn Benoist interrogera à partir de la
troisième Woodbridge Lecture la théorie dite "relationnelle" de
l'intentionalité. Relisant à sa lumière l'écart qui existe, dans la tradition
phénoménologique, entre la conception brentanienne et la conception
husserlienne de l'intentionalité, il réfléchira sur la signification exacte que
peuvent revêtir le primat de la perception pour une théorie de
l'intentionalité, ainsi qu'inversement la prégnance du modèle intentionnel pour
une théorie de la perception. Tout en faisant droit au réquisit de “présence”
formulé par John McDowell, qui constitue une contrainte forte sur
l'intentionalité, et qui rencontre quelque chose chez Husserl dans l'écart même
des deux pensées, il tentera de mesurer en quoi le concept d'acquaintance au
principe du néo-russellianisme ne suffit pas à rendre compte à lui seul de la
dimension proprement intentionnelle de la perception, et en quoi le lexique de
la “relation” doit ici être corrigé ou en tout cas précisé dans ses conditions.
Antonia Soulez
SANS Y PENSER
Résumé : Nous nous
demanderons en quel sens on peut assigner l’intention aux règles et en quel
sens l’artiste peut être dit apporter une solution au problème de l’intention
dans l’action. Il y a des situations où l’ on peut dire qu’on a réalisé quelque
chose « sans y penser ». Le paradigme le meilleur est alors l’art, en
particulier la musique. « Sans y penser », cela signifie d’abord ne
pas avoir à expliciter pour soi ou à d’autres les règles d’un savoir-faire
technique ou d’une action. Cela signifie encore ne pas savoir d’avance ce que
l’on cherche. Il s’agira de montrer que loin de supprimer l’usage de règles,
« sans y penser » signifie au contraire que celles-ci « vont
sans dire » en sorte que s’il fallait donner une raison à l’action, il
s’agirait d’un processus opératoire intégré après coup dans une résolution déjà
opérée : « donner un raison est aller un pas en arrière dans le
calcul…en réponse à une question demandant comment on est arrivé à un
résultat » (Wittgenstein, Cours à
Cambridge 1932-35, p.4-5). Nous montrerons comment, chez Wittgenstein, le
paradigme musical a sa façon de « prouver » cette résolution du
problème de l’intentionnalité. Elle ne le résout pas par son élimination
pure et simple comme Cage le proclame allègrement. Si la musique de Cage
accomplit ce renoncement à toute intentionnalité dirigée, cela ne veut pas dire
que la « relation intentionnelle » a disparu. L’évanouissement de
« mon intention » peut même profiter à la mise à nu de
l’intentionnalité dans l’action compositionnelle qui, elle, reste entière. La
solution du problème de l’intention ne fait pas disparaître l’intention, mais
seulement le problème.
James Conant
SUBJECTIVE THOUGHT (résumé non communiqué)
Annonce du colloque
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Coordination de colloques et de séminaires