Colloque international Intentionnalité, intention et seconde nature

Bordeaux, 2 et 3 mars 2006

 

CREPHINATUniversité Michel de Montaigne Bordeaux 3

Organisé avec le concours de l’Ecole Doctorale SHS de l’Université de Picardie Jules Verne

 

Coordination : Jean-Philippe Narboux

 

          Argument du colloque

          Résumés des interventions

          Programme du colloque

 

 

Argument du colloque

 

Le recours au concept d’intentionnalité va probablement de pair avec le postulat selon lequel la perception et l’action sont justiciables d’un seul et même modèle, lequel emprunte dès lors à la perception l’idée d’un contact avec la chose même (l’idée de présence), et à l’action l’idée d’une tension vers un but (l’idée de visée). L’idée d’un être-dirigé-sur, avec lequel rime l’idée d’intentionnalité, rassemble en elle ces deux caractères. Car l’intentionnalité rend encore présent ce qu’elle ne fait que viser, et ne met jamais en présence que de ce qu’elle a visé. Il s’agit au fond, en recourant à un tel concept, de faire valoir que la pensée tout à la fois anticipe toujours sur les choses et, pour autant, ne s’arrête nullement en deçà de celles-ci. Or, il ne va pas de soi que ce que le concept d’intentionnalité entend ainsi concilier puisse l’être. Il s’agira, pendant ces deux journées, de poser à nouveaux frais la question de la tension constitutive du concept d’intentionnalité, d’emblée tiraillé entre perception et intention, partant, entre nature et norme. La présence exceptionnelle de John McDowell lors de ces journées sera l’occasion de revenir sur la percée majeure qu’il a frayée sur ces questions au cours des dernières décennies, dans une oeuvre en passe de devenir classique, notamment grâce au recours au concept de « seconde nature » (dans Mind and World, 1994), par lequel John McDowell entend marquer que notre expérience tout à la fois nous met en contact avec la nature elle-même et s’inscrit dans ce qu’il appelle « l’espace des raisons ».

 

Résumés des interventions

 

John McDowell

THE CONTENT OF INTENTIONS IN ACTION

 

Abstract: I shall criticize Brandom's adaptation of Sellars on volitions, according to which intentions in action are expressed by statements on the pattern of "I shall raise my arm now"; and Davidson's account of intentions, according to which intentions, including intentions in action, are expressed by statements to the effect that acting in some specified way is all-out desirable, or all-out preferable to some specified alternative.  I shall propose a different view, which I think fits with a better picture of the relation between intention and action.

 

Layla Raïd

L’INTENTION ET SON EXPRESSION

 

Résumé: On connaît ses intentions sans les observer, caractéristique conceptuelle qui éclaire le genre d'autorité sur les intentions propres qu'on prête souvent à la première personne. Wittgenstein éclaire au §647 des Recherches philosophiques cette immédiateté par une comparaison avec l'animal. À la question de ce qu'est l'«expression naturelle de l'intention», les Recherches renvoient à l'examen d'un chat s'approchant furtivement d'un oiseau, ou encore d'un animal qui veut fuir, cas qu'on rapprochera, pour comprendre leur immédiateté particulière, propose Wittgenstein, des phrases relatives aux sensations. Anscombe rejettera par contre comme fautive l'idée même que l'intention puisse avoir une expression naturelle, tout en développant pourtant le thème d'une connaissance sans médiation observationnelle. Il s'agira d'instruire cette opposition frontale dans ses implications quant à plusieurs questions fondamentales sur l'intention: qu'est-ce qu'exprimer une intention? Quelle est la relation entre action intentionnelle et intention? De quelle position épistémique jouit-on à l'égard de ses intentions propres? Enfin, et généralement, quel lien entre «sentience» et «sapience» se dessinent ici à cet égard chez Wittgenstein et Anscombe?

 

Sebastian Roedl

THE TEMPORALITY OF ACTS OF THE WILL AND OF ACTS OF THE INTELLECT

 

Abstract: In "Naive Action Theory", Michael Thompson argues that an intention to do something is categorially misconceived when it is said to be a mental state. An intention bears a different form of temporality from a state: its temporality is that of a movement in progress. I shall present his argument and extend it from acts of the will to acts of the intellect. Just as intention, so is belief categorially misrepresented when it is taken to be a state. Its manner of being in time is neither that of a state, nor that of a movement. I shall introduce the concept of a temporally unlimited act in order to articulate the peculiar temporality of belief. I shall end with speculating on how the temporality of belief may give rise to the idea that the subject of thought is immaterial.

 

Jean-Philippe Narboux

INTENTIONALITE, NEGATION ET INERTIE

 

Résumé : On reviendra sur la théorie de l’intentionalité du premier Sartre afin d’essayer de montrer qu’une théorie de l’intentionalité qui rende compte de manière radicalement anti-psychologiste du caractère déterminé de l’être-dirigé-sur passe nécessairement par une théorie de la négation, au sens d’une théorie de l’espace logique où prend place toute intentionalité. Il s’avère alors que l’intentionalité n’est inintelligible qu’en tant qu’elle est d’emblée le moment d’une praxis. Or, il n’est pas de praxis qui ne comporte comme son envers même, un moment d’inertie. Dès lors, selon une intuition fondamentale du second Sartre, il est inévitable que l’intentionalité ne soit déformée par le milieu inerte dans lequel elle se coule.

 

Jocelyn Benoist

LA CONCEPTION RELATIONNELLE DE L’INTENTIONALITE ET L’INTENTIONALITE DE LA PERCEPTION

 

Résumé: Dans le prolongement de récentes réflexions de Jean-Philippe Narboux sur les théories respectives de l'indexicalité d'Edmund Husserl et John McDowell, Jocelyn Benoist interrogera à partir de la troisième Woodbridge Lecture la théorie dite "relationnelle" de l'intentionalité. Relisant à sa lumière l'écart qui existe, dans la tradition phénoménologique, entre la conception brentanienne et la conception husserlienne de l'intentionalité, il réfléchira sur la signification exacte que peuvent revêtir le primat de la perception pour une théorie de l'intentionalité, ainsi qu'inversement la prégnance du modèle intentionnel pour une théorie de la perception. Tout en faisant droit au réquisit de “présence” formulé par John McDowell, qui constitue une contrainte forte sur l'intentionalité, et qui rencontre quelque chose chez Husserl dans l'écart même des deux pensées, il tentera de mesurer en quoi le concept d'acquaintance au principe du néo-russellianisme ne suffit pas à rendre compte à lui seul de la dimension proprement intentionnelle de la perception, et en quoi le lexique de la “relation” doit ici être corrigé ou en tout cas précisé dans ses conditions.

         

Antonia Soulez

SANS Y PENSER

 

Résumé : Nous nous demanderons en quel sens on peut assigner l’intention aux règles et en quel sens l’artiste peut être dit apporter une solution au problème de l’intention dans l’action. Il y a des situations où l’ on peut dire qu’on a réalisé quelque chose « sans y penser ». Le paradigme le meilleur est alors l’art, en particulier la musique. « Sans y penser », cela signifie d’abord ne pas avoir à expliciter pour soi ou à d’autres les règles d’un savoir-faire technique ou d’une action. Cela signifie encore ne pas savoir d’avance ce que l’on cherche. Il s’agira de montrer que loin de supprimer l’usage de règles, « sans y penser » signifie au contraire que celles-ci « vont sans dire » en sorte que s’il fallait donner une raison à l’action, il s’agirait d’un processus opératoire intégré après coup dans une résolution déjà opérée : « donner un raison est aller un pas en arrière dans le calcul…en réponse à une question demandant comment on est arrivé à un résultat » (Wittgenstein, Cours à Cambridge 1932-35, p.4-5). Nous montrerons comment, chez Wittgenstein, le paradigme musical a sa façon de « prouver » cette résolution du problème de l’intentionnalité. Elle ne le résout pas par son élimination pure et simple comme Cage le proclame allègrement. Si la musique de Cage accomplit ce renoncement à toute intentionnalité dirigée, cela ne veut pas dire que la « relation intentionnelle » a disparu. L’évanouissement de « mon intention » peut même profiter à la mise à nu de l’intentionnalité dans l’action compositionnelle qui, elle, reste entière. La solution du problème de l’intention ne fait pas disparaître l’intention, mais seulement le problème.

 

James Conant

SUBJECTIVE THOUGHT (résumé non communiqué)

 

Programme du colloque

 

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