Conférence d’Avner Baz (Tufts University), Bordeaux, 24 avril 2007

 

 

 

 

Who Knows? The Human Significance of Knowing that Such and Such

 

 

Résumé. L’exposé confronte deux façons de prolonger la pensée de Wittgenstein (et dans une moindre mesure celle d’Austin) sur le rôle dévolu aux concepts dans les vies humaines. La première interprétation repose sur le présupposé que le langage est essentiellement un instrument pour produire des représentations. La seconde interprétation tire argument de l’observation (relativement) peu contestable d’après laquelle le langage ne sert pas seulement à enregistrer des différences mais à en instituer de façon intelligible. Dans cette lecture, nos concepts expriment nos intérêts non seulement en nous mettant en mesure de représenter des différences que nous tenons pour dignes d’être représentées, mais encore et surtout en guidant et en informant les comportements et les pratiques qui procurent une expression, et font écho, aux différentes manières que nous avons de tenir aux gens et aux choses. Nous pouvons apprendre quelque chose au sujet de ce que sont les êtres humains et ce qui leur importe non seulement en considérant le fait que dans certaines circonstances il comptent, ou refusent de compter, tel ou tel patron de comportement humain comme “s’excuser”, mais aussi et surtout en considérant le simple fait que les êtres humains s’excusent, qu’ils demandent, ou répondent à, des excuses, bref qu’ils ont institué ces formes particulières de comportements. La première conception est illustrée par la pensée de Charles Travis, la seconde par celle de Stanley Cavell. En me concentrant sur notre concept de savoir propositionnel (« savoir que telle ou telle chose est le cas »), j’essaie de montrer que la tendance de Travis à penser le langage et ses concepts comme ayant pour fonction essentielle de nous permettre de représenter (de décrire, de penser à) des choses comme étant telles ou telles, et la secondarisation subséquente par lui de la question de ce qui est fait avec les mots (au sens austinien), l’ont conduit à proposer une explication partielle et égarante de la sensibilité au contexte (context-sentivity)  de « savoir que ». Le traitement cavellien du concept, par contraste, tout en faisant droit à la sensibilité à l’occasion (occasion-sensitivity) telle que la dégage Travis, prend la mesure des limitations de la conception représentationaliste et, contre ce que Cavell appelle le « déni de l’humain », tient pour primitive la question de ce qui est fait avec les mots. Je suggère pour finir que cette différence fondamentale entre les pensées de Travis et de Cavell explique le contraste radical qui existe entre leurs traitements respectifs de ce que chacun d’eux tient pour “le problème du scepticisme”.

 

Références

 

Stanley Cavell,  Les voix de la raison, Paris, Seuil, (en particulier p.307 et suivantes).

Charles Travis, Les liaisons ordinaires, Paris, Vrin.

Charles Travis, « A Sense of Occasion », The Philosophical Quarterly, vol.55, 219.